Les copies d’étudiants font un formidable matériau « sociologique », pour voir comment ils articulent des éléments de cours, savants, ici « philosophiques », et des propos et signaux venus d’ailleurs, de la société, des réseaux sociaux, du maelström médiatique, et du militantisme. Et sur la question de la laïcité, ça peut même devenir très intéressant, et fonctionner comme un sondage restreint, sur une population bien sûr très spécifique, ici de 230 étudiants de 2e année d’Institut d’Etudes Politiques.

Depuis une dizaines d’années, non seulement il y a un débat sur la laïcité en France, mais il est devenu bizarrement piégé. En plus d’être passionnel. Chaque jour, la chronique médiatique et intellectuelle montre qu’il s’agit d’un sujet brûlant, qui clive surtout à gauche – autre cause de « l’irréconciabilité » des deux gauches –, avec des visions parfois caricaturales des mouvements militants. J’ai ainsi des collègues qui voient le Printemps républicain comme un faux-nez du Rassemblement national, et des amis laïcards qui suspectent les partisans d’une laïcité « ouverte » d’être les idiots utiles de l’islam politique. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que la laïcité, que certains voudraient voir s’adjoindre à la devise française, est aussi dans le collimateur de quelques-uns, qui s’en feraient bien les fossoyeurs. Mais y a-t-il bien un plan B si la laïcité venait à disparaître…?

Plutôt que d’entrer frontalement dans ce débat, sans rien renouveler, j’ai trouvé qu’il était intéressant de voir ce que des jeunes gens de 20 ans, étudiants sélectionnés dans un IEP, ont à dire sur la question, dans le cadre bien sûr d’un exercice contraint. L’examen de mon cours d’amphi de Philosophie politique (largement mâtiné d’Histoire des idées) invite les étudiants à « philosopher » sur un sujet d’actualité, en mobilisant les notions et auteurs qu’ils ont pu voir en cours ou en conférences de méthode (deux pages par réponse…). Le sujet est donné conjointement avec le collègue qui assure le même cours à St-Etienne,